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Conférence de Paris pour la Paix au Proche Orient du 15/01/17

Résumé de l’analyse de René Backmann ( Mediapart)

vendredi 17 février 2017

Le discours de François Hollande, dimanche 15 janvier. © REUTER

Reprise résumée de l’article de René Backmann « L’initiative française au Proche-Orient s’achève en naufrage », publié le 16 janvier 2017 dans Mediapart au lendemain de la conférence internationale qui s’est tenue le 15 janvier à Paris sans les principaux intéressés, Netanyahou qui s’y est refusé avec constance malgré les concessions de François Hollande, et Abbas décommandé par l’Elysée à la dernière minute.

Proposée par L. Fabius il y a un an constatant l’échec du dispositif de négociation à l’œuvre depuis les accords d’Oslo, c’est-à-dire un face-à-face israélo-palestinien sous patronage des Etats-Unis, il s’agissait, en plaçant judicieusement les négociations sous une supervision internationale, de prendre acte de l’échec subi au bout de 10 mois par John Kerry dans ce dossier en 2013-2014, d’en finir avec la stratégie israélienne

  • de procrastination (Benjamin Netanyahou répéte devant les cercles diplomatiques sa position officielle constante : nous sommes prêts à ouvrir avec les Palestiniens un dialogue direct sans condition. Tout en ne négociant pas !)
  • de poursuite de la colonisation de la Cisjordanie utilisée depuis plus de 20 ans.

Ceci convergeait aussi avec la stratégie palestinienne d’internationalisation de la négociation et de recours aux Nations unies et avait l’assentiment de la Russie, des EU et la Ligue Arabe.
Netanyahou, par contre, s’est opposé dès le début à la mise en place d’une telle conférence. L’impunité totale de sa stratégie illégale en est la principale cause.

Paris avait imaginé un dispositif en deux temps :
Une première conférence des ministres des affaires étrangères, sans les protagonistes, devait :
- faire le point des négociations précédentes et rappeler que la solution à deux Etats demeurait la meilleure, sinon l’unique solution à la crise
- débattre des moyens – incitations économiques, offres de coopération, mobilisation des sociétés civiles
- rétablir, entre les deux parties un climat de confiance.
Une seconde conférence , prévue pour la fin de 2016, avec la participation, cette fois, d’Israël et des Palestiniens, devait permettre le faire le point sur l’activité des groupes de travail créés par la première, et d’aborder avec les principaux intéressés la mise au point d’un calendrier de négociation et d’un calendrier d’application.

Ainsi, les ministres des affaires étrangères d’une trentaine de pays, l’ONU, l’Union européenne, la Ligue arabe, ont participé, le 3 juin, à cette première conférence. Illustration cruelle de la modestie de ses résultats, elle s’est terminée par un communiqué de 25 lignes, d’une extrême prudence, constatant notamment que « les actes de violence qui se poursuivent et l’activité de colonisation en cours mettent gravement en péril les perspectives de solution à deux Etats ».
Les six dossiers majeurs du conflit (tracé des frontières, arrangements et garanties de sécurité, destin des réfugiés, partage de Jérusalem, question des colonies et des échanges de territoire, répartition des ressources en eau) n’étaient même pas mentionnés. Pas un mot non plus sur les moyens d’inciter ou de contraindre Israël à reprendre le dialogue et respecter enfin le droit international. Seule résolution : la tenue d’une 2ème conférence fin 2016 !

Dans l’intervalle, le Quai d’Orsay, avec le relai pris par JM Ayrault, n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre Netanyahou de participer à ce projet ; ce ne fut qu’une fin de non-recevoir avec le mépris et l’humiliation en plus : se rappeler qu’après l’abandon du seul moyen de pression sur Israël - la reconnaissance de l’Etat de Palestine - F. Hollande a désavoué publiquement le représentant français l’UNESCO, coupable d’avoir voté une résolution que le gouvernement israélien jugeait inacceptable, et a ordonné l’abstention de la France lors de l’adoption définitive de ce texte, pourtant amendé sur les points dénoncés par Israël. De même, il a accueilli sans protester publiquement les jugements désobligeants sur le projet français et même accepté, en novembre, que des F-15 israéliens participent pour la première fois à un exercice avec des Rafale français, dans le ciel corse.
Tout cela pour arriver à cette déclaration de Netanyahou le 12/01/17, à la veille de l’ouverture : « Cette conférence est une imposture, une arnaque palestinienne sous les auspices de la France, dans le but d’adopter de nouvelles positions anti-israéliennes » … et pendant ce même temps, il développe les projets de colonisation en Cisjordanie, récuse toute possibilité de dialogue avec l’autorité palestinienne, invoquant la vague d’attaques au couteau, à l’arme à feu ou au véhicule bélier, qui a fait à ce jour 40 morts chez les Israéliens et 245 chez les Palestiniens depuis l’automne 2015.
Prenant acte de ce refus israélien, la seule réponse de F.Hollande fut de faire pression sur M. Abbas afin qu’il ne siège pas à la conférence, alors que ce dernier avait manifesté à maintes reprises aux autorités françaises son désir d’y participer activement.

C’est cette seconde conférence qu’a ouvert le 15 janvier François Hollande devant les ministres des affaires étrangères et les représentants de près de 70 pays et organisations internationales, dont le G20, l’Union européenne, la Ligue arabe, l’Organisation de la conférence islamique, et les Nations Unies, en la personne du nouveau secrétaire général Antonio Guterres.
Le contexte international sur la question était pour une fois positivé par l’abstention de veto américain au vote d’une résolution n°2332 par le conseil de sécurité de l’ONU condamnant la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem et la publication d’un réquisitoire de John Kerry contre la politique « dangereuse » de Netanyahou dans la dernière semaine de décembre.

Quel est le résultat de cette journée ? Une déclaration finale qui se limite à rappeler « solution négociée, avec deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité est la seule voie pour parvenir à une paix durable ».
Un vrai naufrage dit R Backmann : prôner aujourd’hui la solution à 2 états dans le contexte actuel : cela a t-il un sens sans appeler à la reprise du dialogue, sans élaborer un calendrier de négociation. Aucune mention non plus sur la création du Groupe international de soutien, dont il était question à l’origine, pour veiller à l’exécution par les deux parties de leurs obligations.
De la reconnaissance officielle par Paris de l’Etat de Palestine, qui avait été demandée par l’Assemblé nationale, en novembre 2014, il n’est toujours pas question, même si certains diplomates palestiniens espèrent que ce pourrait être la réponse de la France au transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.
Rien non plus sur l’étiquetage différencié, encore moins sur le boycott…
L’issue de cette conférence est un naufrage et un blanc-seing à la poursuite du statu quo mortifère actuel, dangereux pour l’ensemble de la région et un sacré encouragement à la politique de Netanyahou boostée par l’arrivée au pouvoir de Trump qui proclame son amour éperdu d’Israël, son amitié pour le premier ministre israélien et qui est entouré de défenseurs inconditionnels d’Israël, comme son gendre, futur conseiller pour les relations internationales, Jared Kuschner, ou le futur ambassadeur américain en Israël, David Friedman, financier comme Kushner de la colonie religieuse de Bet El près de Ramallah.


Voir en ligne : « L’initiative française au Proche-Orient s’achève en naufrage »

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