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En finir avec l’Apartheid : un État unique n’est pas la solution idéale, mais elle est juste et possible

Par Ramzy Baroud - Photo par Heidi Levine pour The National

mercredi 13 janvier 2021

Photo - Des Palestiniennes traversent le barrage militaire de Qalandia pour aller prier à Jérusalem. Le vendredi matin pendant le Ramadan est la période la plus fréquentée à Qalandia, car des dizaines de milliers de Palestiniens de toute la Cisjordanie y passent pour prier à Jérusalem.

Une fois de plus, les hauts diplomates européens ont exprimé leur « profonde inquiétude » quant à l’expansion en cours des colonies israéliennes illégales, évoquant à nouveau la maxime selon laquelle les actions israéliennes « menacent la viabilité de la solution à deux États ».

Cette position a été communiquée par le haut représentant de l’U.E. pour les Affaires Étrangères, Joseph Borrell, le 19 novembre, lors d’une visio-conférence avec le ministre des Affaires Étrangères de l’Autorité Palestinienne, Riyad al-Maliki.
Toutes les colonies israéliennes sont illégales au regard du droit international et devraient être rejetées en paroles et en actes, qu’elles représentent ou non un danger pour la défunte solution à deux États.
Hormis le fait que la ‘profonde inquiétude’ de l’Europe n’est presque jamais suivie de mesures concrètes, énoncer une position morale et légale dans le contexte de solutions imaginaires est notoirement dénué de sens.
La question qui se pose alors est la suivante : « Pourquoi l’Occident continue-t-il à utiliser la solution à deux États comme paramètre politique pour la résolution de l’occupation israélienne de la Palestine tout en évitant de prendre de quelconques mesures significatives pour assurer sa mise en œuvre ? »

La réponse réside en partie dans le fait que la solution à deux États n’a jamais été conçue pour être mise en œuvre au départ. Comme le « processus de paix » et autres prétentions, son but était de promouvoir l’idée, chez les Palestiniens et les Arabes, qu’il y avait un objectif qui méritait d’être poursuivi, bien qu’inatteignable.
Toutefois, même cet objectif était, lui-même, subordonné à une série d’exigences irréalistes dès le départ. Historiquement, les Palestiniens ont dû renoncer à la violence (leur résistance armée à l’occupation militaire d’Israël), accorder leur consentement à diverses résolutions de l’ONU (même si Israël rejette toujours ces résolutions), accepter le « droit » d’exister d’Israël en tant qu’État juif, et ainsi de suite. Il était aussi prévu que cet État palestinien qui reste à établir soit démilitarisé, divisé entre la Cisjordanie et Gaza, mais excluant la majeure partie de Jérusalem-Est occupée.
Pourtant, en dépit des avertissements selon lesquels la possibilité d’une solution à deux États se désintègre, peu se donnèrent la peine de comprendre la réalité du point de vue palestinien. Las des illusions de leur propre direction défaillante, d’après un sondage récent, deux tiers des Palestiniens sont maintenant d’accord qu’une solution à deux États est maintenant impossible.

Même l’affirmation qu’une solution à deux États est nécessaire, ne serait-ce que comme précurseur à une solution permanente à un État unique est absurde. Cet argument dresse encore plus d’obstacles sur la voie de la quête de la liberté et des droits des Palestiniens. Si la solution à deux États avait jamais été réalisable, elle aurait été réalisée quand toutes les parties la défendaient, au moins publiquement.
Désormais, les Américains n’y sont plus attachés et les Israéliens l’ont dépassée et sont maintenant engagés sur une voie totalement nouvelle, manigançant l’annexion illégale et l’occupation définitive de la Palestine
La vérité incontestable c’est que des millions d’Arabes palestiniens (musulmans et chrétiens) et de juifs israéliens vivent entre le fleuve Jourdain et la mer. Ils foulent déjà la même terre et boivent la même eau, mais pas en tant qu’égaux. Alors que les juifs israéliens représentent les privilégiés, les Palestiniens sont opprimés, enfermés derrière des murs et traités comme inférieurs.
Pour maintenir le privilège juif israélien le plus longtemps possible, Israël fait usage de la violence, utilise des lois discriminatoires et selon les termes du professeur Ilan Pappe, pratique un’ génocide graduel’ à l’encontre des Palestiniens.

Une solution à un seul État vise à remettre en cause le privilège juif israélien, en remplaçant l’actuel régime d’apartheid raciste par un système politique représentatif, démocratique et équitable qui garantit les droits de toutes les populations de toutes confessions, comme dans tout autre système démocratique de gouvernement dans le monde.
Pour que cela devienne réalité, pas besoin de raccourcis, ni d’illusions supplémentaires quant à deux États.
Depuis de nombreuses années, nous lions notre lutte pour la liberté des Palestiniens au concept de justice, comme dans « pas de justice, pas de paix », « justice pour la Palestine », et ainsi de suite. Aussi, il convient de poser la question, la solution à un État unique est-elle une solution juste ?
La justice parfaite n’est pas possible parce que l’histoire ne peut être effacée. Aucune solution véritablement juste ne peut être trouvée quand des générations de Palestiniens sont déjà morts en tant que réfugiés privés de leur liberté et sans avoir jamais pu retourner dans leur foyer. Néanmoins, permettre à l’injustice de se perpétuer sous prétexte que la justice idéale ne peut s’obtenir est également injuste.
Pendant des années, beaucoup d’entre nous ont plaidé pour un État unique comme étant l’issue la plus naturelle à des circonstances historiques terriblement injustes. Cependant, Je – et je connais d’autres intellectuels palestiniens qui ont fait de même – je me suis abstenu d’en faire une cause célèbre, simplement parce que je suis convaincu que toute initiative concernant l’avenir du peuple palestinien doit être défendue par le peuple palestinien lui-même.
Ceci est nécessaire pour empêcher le type d’esprit de clique et, comme Antonio Gramsci l’a qualifié, d’intellectualisme, qui ont forgé Oslo et tous ses maux.

Maintenant que l’opinion publique en Palestine évolue, principalement contre la solution à deux États, mais aussi, bien que graduellement, en faveur d’un État unique, on peut aussi adopter publiquement cette position Nous devrions soutenir l’État unique et démocratique parce que les Palestiniens en Palestine même expriment de plus en plus une telle exigence légitime et naturelle.
J’ai la conviction que ce n’est qu’une question de temps avant que des droits égaux dans le cadre du paradigme de l’état unique ne deviennent la cause commune de tous les Palestiniens.
Préconiser des « solutions » mortes, comme l’Autorité palestinienne, l’U.E. et d’autres continuent de le faire est une perte de temps et d’efforts précieux. Aider les Palestiniens à obtenir leurs droits, dont le droit au retour des réfugiés palestiniens, et tenir Israël moralement, politiquement et juridiquement responsable de n’avoir pas respecté le droit international devrait maintenant retenir toute l’attention.

Vivre en tant qu’égaux dans un seul État qui démolit tous les murs, met fin à tous les sièges et fait tomber toutes les barrières est l’un de ces droits fondamentaux qui ne devraient pas faire l’objet de négociations. {{}}


Voir en ligne : https://www.chroniquepalestine.com/...


* Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son dernier livre est « These Chains Will Be Broken : Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons » (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web : www.ramzybaroud.net.

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