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Je vis à Gaza et j’ai peur

Par Olfat al-Kurd - Correspondante de B’Tselem à Gaza

lundi 14 mai 2018

Le témoignage poignant d’une mère de famille de Gaza, qui nous explique pourquoi elle participe aux manifestations de la "Marche du grand retour".

« Je m’appelle Olfat al-Kurd. Je vis à Shuja’iya, à Gaza. J’ai 37 ans et suis mère de quatre enfants. En juillet 2017, j’ai rejoint B’Tselem (Centre d’information israélien pour les droits humains en territoire occupé) en tant que correspondante. Notre équipe à Gaza est composée de trois chercheurs de terrain. Au cours des dernières semaines, depuis que les manifestations le long de la frontière avec Israël ont commencé, nous avons travaillé 24 heures sur 24 pour documenter, recueillir des témoignages, dont ceux de blessés, et recueillir des informations sur le déroulement des événements et les victimes.

Je participe aux manifestations hebdomadaires non seulement en tant que professionnel mais aussi en tant que Gazouie. Certaines de mes photos, publiées sur le blog de B’Tselem, montrent comment la plupart des manifestants se rassemblent dans des tentes dressées loin de la barrière. Ces familles apprécient les lieux de divertissement, la musique live, les stands de nourriture et autres activités familiales. Nous y allons pour transmettre un message politique, pour manifester pacifiquement - nous ne sommes pas armés. Les soldats nous tirent néanmoins dessus et les gens sont atteints par des tirs à balles réelles et les gaz lacrymogènes.

Cette semaine, un collègue israélien inquiet m’a demandé pourquoi je continuais à assister aux manifestations, en dépit du danger. J’ai répondu que, bien sûr, je suis effrayée, parfois tellement que je crains de ne pas revenir.
Mais la vérité est que nous ne sommes en sécurité nulle part à Gaza - que ce soit près de la frontière ou dans nos propres maisons. Les avions israéliens peuvent bombarder n’importe quel bâtiment, n’importe où, à tout moment. Nous vivons tous dans la crainte constante de quelque chose de terrible. Tout le monde à Gaza a perdu un parent lors des dernières guerres. J’ai perdu mon frère dans la guerre de 2009.

Les activités du festival lors des manifestations sont une occasion rare pour nous de respirer, de rencontrer des gens et de sentir que nous appartenons à quelque chose de plus grand que nous. La zone « tampon » près de la clôture est la plus vaste de Gaza, mais personne n’a osé s’y rendre depuis la dernière guerre. Nous ne pouvons plus aller à la plage parce que les infrastructures d’évacuation des eaux usées se sont effondrées à la suite du blocus et que les eaux d’égout brutes se déversent dans la mer. Beaucoup de Gazaouis vivent dans une pauvreté abjecte et n’ont pas les moyens de s’asseoir dans un café ou un restaurant, alors ils viennent aux manifestations avec un thermos à café et de la nourriture.

Israël maintient Gaza sous blocus depuis plus de dix ans. Certains des jeunes qui participent aux manifestations et qui sont blessés ou même tués par des soldats ne savent pas ce que c’est que d’avoir de l’eau courante et un approvisionnement constant en électricité. Ils n’ont jamais quitté Gaza et ont grandi dans une prison.

Vous ne pouvez pas nous rendre visite, Israël ne permet à personne de voir ce qui se passe ici. Il n’y a pas de vraie vie ici. La bande de Gaza entière est cliniquement morte.

Les jeunes générations sont écrasées par le désespoir et la mort partout. Les manifestations nous ont donné, à tous, une étincelle d’espoir. Ils sont notre tentative de crier au monde qu’il doit se réveiller, qu’il y a des gens ici qui se battent pour leurs droits les plus élémentaires, qu’ils sont en droit de remplir. Nous méritons de vivre aussi. »


Voir en ligne : B’Tselem

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